Wines | Massaya
FÉVRIER 2017

Loin de vouloir à chaque fois flatter et encenser les vins du Liban, cette publication aura pour objet de souligner les freins à l’épanouissement vitivinicole du Liban. Massaya a démontré au fils du temps son attachement et ses convictions profondes en tant que défenseur des vins du pays des cèdres, donc nous nous permettons cette fois d’exprimer quelques frustrations, non pas par dépit, mais simplement car la nouvelle dynamique au Liban nous laisse espérer que ces critiques peuvent être prises en considération.

En effet, comble de l’ironie, à l’heure où nous écrivons cette note, le Liban fait partie des pays les plus stables du Levant et même du Moyen-Orient, aussi bien d’un point de vue sécuritaire que d’un point de vue politique et l’ambiance est aux grands projets réformateurs destinés à ancrer l’identité du Liban et ses racines….

Au niveau strictement professionnel, il nous semble que les piliers de la réussite d’une région viticole sont les suivants:

 
 
Le Terroir

Inutile de démontrer ici l’importance du terroir. Cependant, il est intéressant de noter qu’avec le changement climatique qui affecte la planète, certains terroirs changent et certaines régions extrêmes, telles qu’elles existent au Liban, peuvent passer de terroir qualitatif à désertique…. Naturellement, il est trop tôt pour affirmer quoi que soit mais les risques existent. D’après l’OMM (Organisation Mondiale Météorologique) réchauffement de 1.5 degré au Liban au cours des 10 ans. Quoi qu’il en soit, cela ne changera rien au sol et au sous sol, à la nature argilo calcaire qui transforme le Mont Liban et l’Anti Liban en 2 gros réservoirs naturels d’eau qui humidifient par capillarité les sous sols avec la fonte des neiges.
 
La Cuisine

La cuisine est un sujet plus subjectif mais tellement vrai. La cuisine est le sculpteur silencieux des vins régionaux. C’est à notre sens ce qui différencie les vins européens par rapport aux vins du nouveau monde. Que seraient les vins français sans les cuisines régionales, de même pour l’Italie, l’Espagne, L’Allemagne…. Nous serons capables de parler des vins de terroir des pays du nouveau monde à partir du moment où nous pourrons identifier leurs régions par rapport à des plats, à des souvenirs organoleptique…. Eh bien indéniablement le Liban a une cuisine, mais tellement galvaudée et mal traitée durant les dernières 30 années, qu’elle n’arrivait pas à jouer son rôle de sculpteur des vins. En effet la cuisine régionale, la cuisine des grand-mères et des chaumières a été supplantée par ce mezzés moderne, international, facile et sans caractère. Le mezzés est le fourre-tout à la mode, le surgelé local ! La remise à l’ordre du jour de nos plats mijotés, nos ingrédients de saison, nos produits dénigrés, est timide, mais en cours…
 
La Vision

Nous avons été les globalisateurs de l’avant heure, nous naissons avec un sac à dos sur le dos rempli de notre bagage intellectuel et de notre envie de réussite…. Il y a plus d’habitants du pays des Cèdres en Amérique du sud et en Afrique qu’au Liban ! Cette hémorragie des hommes donc rend les villages agraires abandonnés et les terrasses des aïeux en friches. Comment transmettre le savoir faire ? Dans les villages, restent souvent les inaptes à la grande aventure de la réussite et rarement des passionnés de la performance. La globalisation a rendu les grandes traversées plus simple et ses libanais installés à l’étranger sont en train petit à petit de retrouver le village de leurs aïeux…
 
L’acharnement des hommes

Oui certainement sur le papier le secteur vitivinicole du Liban est en pleine expansion, nous étions 4 producteurs en 1998 et nous sommes aujourd’hui plus de 40. Mais a bien regarder, ce sont des créations qui occasionnellement s’inspirent des 3 piliers fondamentaux: terroir, cuisine, vision. Ce sont surtout des résultats de trajectoires dans le domaine de la finance, de l’immobilier, de l’industrie, d’un métier libéral… qui aboutissent à la mise en place d’une cave à vin et d’un vignoble et le souci de la réussite vitivinicole est donc laissé aux générations futures et 15 ans plus tard les questions sont plus pressantes que jamais.

Finalement, le Liban a une longue histoire dans le vin mais c’est un pays qui se cherche encore, 3000 ans plus tard nous explorons notre identité vitivinicole.

A l’heure où nous parlons beaucoup au Liban: du retour de l’Etat de droit, du lien avec la diaspora, de la cuisine nouvelle des chefs professionnels talentueux, de la stabilité et de l’ancrage du pays des cèdres. Nous croyons beaucoup à une législation inspirée du secteur vitivinicole et naturellement à la résilience des hommes qui vont sublimer notre terroir, notre cuisine, nos hommes et nos vins.

Ezechiel, environ six siècles av. J.-C,. le troisième des quatre grands prophètes qui nous surprend le plus dans ses prophéties sur le Liban dont voici un extrait saisissant: «La parole de l’Eternel me fut adressée en ces termes: Fils de l’homme, propose une énigme dis une parole à la maison d’Israël. Tu diras: Ainsi parle le Seigneur: Un grand aigle, aux longues ailes, aux ailes déployées, couvert de plumes de toutes couleurs, vint sur le Liban, et enleva la cime d’un cèdre. Il arracha le plus élevé de ses rameaux, l’emporta dans un pays de commerce, et le déposa dans une ville de marchands. Et il prit un rejeton du pays, et le plaça dans un sol fertile; il le mit près d’une eau abondante, et le planta comme un saule. Ce rejeton poussa, et devint un cep de vigne étendu, mais de peu d’élévation; ses rameaux étaient tournés vers l’aigle, et ses racines étaient sous lui ; il devint un cep de vigne, donna des jets, et produisit des branches. Il y avait un autre aigle, grand, aux longues ailes, au plumage épais... » (Ézechiel, 17, 1-10)
 
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